Quelques considérations sur la Chine…

La Chine est un pays sur lequel on écrit beaucoup. Les occidentaux que nous sommes me paraissent éprouver des sentiments ambivalents pour ce pays, un mélange de fascination et de crainte. D’un côté, cette culture si différente, millénaire, cette énergie vouée vers le développement, ce pays-usine mondiale, cette capacité à reproduire et imiter, interpelle. De l’autre côté, cette puissance mondiale fière et nationaliste, peu respectueuse des droits de l’homme et de l’environnement, de ses minorités, ce pays qui représente un sixième de la population mondiale, fait peur. Son appétit insatiable pour les ressources mondiales, sa pseudo-colonisation de l’Afrique nous paraissent un danger pour notre futur. Mais une fois que l’on s’y promène, que voit-on ? Que perçoit-on ? Voici un portrait tout subjectif du sujet par ordre de leur découverte et de mes questionnements.

En matière d’environnement, la première surprise fut de voir les rues des villes parcourues de scooters électriques, les deux-roues à moteur deux temps, qui rendent l’air irrespirable dans  tant d’autres pays de l’Asie du sud-est avaient disparu. Les toits étaient couverts de panneaux solaires pour chauffer l’eau, les lampadaires étaient fournis en électricité par des éoliennes à leur sommet et des cellules photovoltaïques. Par contre, régulièrement, on pouvait aussi voir des décharges à ciel ouvert, des feux brûlants plastiques et autres matières malodorants. Une odeur âcre caractérisait les villes.

La deuxième surprise fut le développement exponentionnel du tourisme chinois. Entre notre premier séjour, il y a douze ans et ce séjour-là, rien n’était comparable. Cette fois-ci, les villes et les sites touristiques débordaient de chinois armés d’appareils photos mitraillant monuments, rues et –comme déjà mentionné à plusieurs reprises – nos enfants. Des touristes qui dépensaient sans compter. Le gouvernement semblait l’avoir bien compris, pour chaque site ou presque, digne d’intérêt, un droit d’entrée, souvent prohibitif était perçu. Par prohibitif, j’entends, des sommes allant de CHF 5.- pour un petit temple isolé à CHF 30.- pour un centre-ville historique, un site naturel ou une vallée. Pour illustrer mon propos, on pourrait imaginer que pour se rendre à Anzeindaz (même à pied), vous deviez payer une trentaine de francs par personne. Heureusement pour nous, les enfants sont exonérés de ces taxes s’ils mesurent moins d’un mètre vingt ou d’un mètre trente selon les lieux. Valérie et moi, étant plutôt de la race des lilliputiens et les chats ne faisant pas des chiens, nous avons fait des économies.
Nous avons souvent cherché à fuir ce genre de lieu, mais cela ne fut pas facile. L’accès à des lieux où l’industrie du tourisme chinois n’avait pas encore senti le filon n’était pas aisé. Avec nos trois enfants, nous castrions notre côté explorateur et peu soucieux de notre logement et de notre nourriture. Nous avons, malgré cela, pu trouver quelques lieux où la vie était douce et agréable et avons eu tendance à séjourner plusieurs jours dans ces endroits. En un mois et demi, nous n’avons finalement pas visité un nombre considérable de sites, mais ce rythme nous a parfaitement convenus. Nous avons aussi pu constater que le nombre de touristes occidentaux étaient en baisses. Il y a douze ans, dans presque chaque lieu, nous nous retrouvions dans des guesthouse occupés par quelques touristes avec qui nous pouvions dialoguer. Cette fois-ci, rare furent les fois où ces rencontres eurent lieu, nos hébergements étaient occupés par des visiteurs chinois. La difficulté d’obtenir un visa y serait-elle pour quelque chose ?

Le touriste chinois était en lui-même une attraction, ses comportements, sa soif de trophée photographique : poser devant le panneau indiquant le site visité, était une distraction en soi. Nous nous interrogeons encore aujourd’hui sur le devenir des centaines de photos prises de nos enfants. Ornent-elles des chambres de séjour ? Sont-elles publiées sur le facebook national ? Ou ne sont-elles qu’un grain de sable parmi la plage de photos prise durant leur séjour ?
Renseignements pris, la plupart des chinois n’ont qu’une semaine de vacances par année. Leur voyage semblait donc être une course contre la montre pour ramener un maximum de trophées photographiques.
Ce séjour en Chine a aiguisé nos perceptions. Interpréter les regards, bienveillance, curiosité ou moqueries, était devenus un sixième sens. Nous avons perçu que c’était en général avec les minorités que le contact était le plus normalisé et humain. Nous avions avec ces peuples le point commun d’être des attractions déshumanisées  pour le peuple han majoritaire, en étant comparable à des sites touristiques mobiles. Tôt le matin, dans les lieux touristiques, nous retrouvions des regards bienveillants en traversant les marchés alimentaires dont les stands étaient tenus par des locaux. Ces stands à même la rue, quelques heures plus tard avaient disparus, laissant la vue aux boutiques de souvenirs tenues majoritairement par des hans.

Nous avons pu aussi constater que la population était vieillissante, la majorité de la population semblait avoir cinquante ans et plus. Je ne me suis pas amusé à consulter des statistiques sur la moyenne d’âge de ce pays, mais avec la politique de l’enfant unique, il est clair que la pyramide démographique chinoise doit avoir tendance à vaciller sur sa pointe. Aujourd’hui, cette politique s’est légèrement assouplie, les enfants uniques, dont les parents ont respecté la loi, ont le droit d’avoir deux enfants. Les règles semblent différer d’une province à l’autre, dans le Guangxi, si l’aîné est une fille alors les parents peuvent avoir un deuxième enfant. La sinistre légende des bébés filles noyées serait-elle fondée ?

Faire fi de ces règles est lourd en conséquences, les couples fraudeurs sont sanctionnés, limitation dans les possibilités d’avancement professionnel, aide familiale coupée, pénalités. Il semblerait que les campagnes soient peuplées de personnes non déclarées. Merci à Quentin pour sa superbe question « et si les parents  n’ont pas  eu d’enfant, combien ceux-ci peuvent-ils alors en avoir ? ». Les peuples minoritaires, hui, dai, bai, naxi,… ont le droit d’avoir le nombre d’enfants qu’ils désirent. Si toute la population suisse habitait en Chine, elle serait, vu son nombre d’individus, considérées comme une minorité !
Lors d’une discussion avec une chinoise, mère d’un enfant, dont le mari est tawainais, j’ai appris qu’elle pouvait avoir plusieurs enfants à cause de l’origine de son époux. Fatiguée par les nuits trop courtes que lui offrait son enfant en bas âge, elle m’a avoué dans un rire, qu’un enfant était bien suffisant et qu’elle n’en voulait pas d’autre.

Parfois, nous nous sommes demandés pourquoi nous nous étions acharnés à vouloir venir dans en Chine. Les difficultés pour obtenir le visa avait déjà mis quelques obstacles. La barrière de la langue, le côté phénomène de foire était parfois pesant. Mais je crois que la Chine, outre ses aspects esthétiques, est une sacré école de vie et pousse certains apprentissages : interpréter les regards, les gestes, remarquer la bienveillance, développer sa méfiance « utile », faire confiance à son instinct, bref pratiquer au quotidien le langage non-verbal. Dans les lieux où nous avons séjourné plusieurs jours, nous avons tissé des liens avec des commerçants, des restaurateurs, des voisins de pensions, nous les saluions dans la journée dans les rues en les croisant au hasard et lorsque, chargé comme des mulets avec nos sacs à dos, notre petite troupe prenait son envol vers une nouvelle destination, nous sentions avec une force parfois déroutante un pincement au cœur en disant au-revoir aux visages souriants de ces gens.

A Lijiang, nous avons voulu prolonger nos visas. Nous en avions obtenus un de trente jours et il nous manquait deux semaines pour séjourner en toute légalité en Chine. Très confiants, nous avons pris un taxi et nous sommes rendus au bureau de la sécurité public. Notre guide de voyage disait qu’il était simple d’obtenir une extension dans cette ville. Pour accéder au bâtiment de cette police dévouée au peuple, des escaliers d’une vingtaine de mètres de large et d’une dizaine de hauteur menaient à une large porte, impossible face à un immeuble aussi imposant de ne pas remarquer que nous entrions dans un lieu de pouvoir. Arrivés sur place, nous nous sommes retrouvés face à un agent très courtois, parlant un anglais fluide qui nous informa d’un air nonchalant qu’il y avait une procédure à suivre. Caramba, encore loupé, nous avions oublié que rien n’est simple en Chine. L’hôtel où nous logions à Shuhe, ville distante d’une dizaine de kilomètres ne vous avait pas déclaré à la police locale. En effet, à chacun de nos déplacements, nos logeurs doivent normalement nous déclarer. C’est ainsi que ce même agent pu nous décrire, étape par étape, notre périple, mais n’étant pas déclarés dans l’arrondissement de Lijiang,  il fallait d’abord retourner à Shuhe pour déclarer notre présence à la police.  Retour donc à Shuhe où dans l’après-midi, nous nous sommes rendus au poste de police. Arrivés sur place, on nous a  promené d’un étage à l’autre. Nous avons ri avec les enfants en pensant aux « douze travaux d’Astérix » dans lequel les héros doivent remplir une quantité infinie de formulaires en passant d’un bureau à un autre. Finalement, nous étions assis face à une agente, mon passeport à la main, répondant à plusieurs demandes en même temps qui, au bout d’une demi-heure de pianotage sur son ordinateur, nous a informés que le lendemain matin le document de déclaration de présence à Shuhe serait prêt. Nous lui avons présenté les autres passeports de la famille. D’un geste, elle a balayé l’air pour dire qu’un seul était suffisant.
Le lendemain matin, un peu méfiants, nous nous sommes à nouveau rendus au poste de police, nouvelle promenade à travers le commissariat. Nous voici alors devant une autre agente que la veille dans un nouveau bureau. Le document attendu n’était bien entendu pas prêt. Elle a pris mon passeport, a tapoté une dizaine de minutes sur son ordinateur et a lancé une impression. Oui ! Le document était prêt. C’est alors qu’elle s’est retournée et dans un anglais très compréhensible nous a demandé si les autres membres de la famille n’avaient pas aussi besoin de ce document ! Nouvelle attente, c’est dans ces moments-là que j’ai pris conscience que nos enfants pouvaient vraiment être charmants, ils patientaient sans bruit dans le couloir, merci à eux.
Deuxième étape, retour à Lijiang pour aller faire des photos-passeports attestées électroniquement chez un photographe certifié. Après avoir traversé plusieurs salles très kitsch servant de décors pour les prises de vue de futurs mariés, nous sommes assis l’un après l’autre face à un objectif. Trente minutes plus tard, nous étions dans la rue chargés de huit photos-passeports,  d’un document approximatif attestant on ne sait quoi au sujet des photos et délestés de 200 yuans (env. CHF 30.-).
Troisième étape, retour au bureau de la sécurité publique au pas de course, nous sommes arrivés à 11h28, heure de fermeture officielle 11h30. Cette fois-ci, le même agent que la veille nous a accueilli, a pris nos passeports, nous a fait remplir un formulaire. Caramba, nous ne connaissions pas le nom de notre hôtel, , tout y était écrit en chinois et n’avions ainsi pas d’adresse en Chine ; trois échanges complices plus tard avec Valérie, nous avions écrit « youth hostel, Shuhe » et notre demande a été acceptée, en signalant que nous pourrions venir récupérer nos prolongations de visas trois jours plus tard mais, « please », durant les horaires officiels. Lors de nos pérégrinations dans Shuhe dans les jours suivants, nous avons dénombré pas moins de six auberges de jeunesse.
Le vendredi, notre portefeuille allégé de 800 yuans (CHF 160.-) nous avions l’autorisation de rester un mois supplémentaire en Chine.
Pour vivre ces moments dans la bonne humeur, nous nous sommes dit qu’entreprendre toutes ces démarches avaient aussi un intérêt touristique et nous sommes questionnés sur la procédure que devrait entreprendre un touriste chinois désireux de prolonger son séjour en Suisse.

Christophe

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s