De la reproduction des moustiques à quelques réflexions philosophiques*

La nuit est douce, les enfants dorment. Deux semaines que nous sommes au Laos et demain, nous croiserons le Mékong pour nous rendre en Thaïlande pour passer les fêtes, puis nous reviendrons au Laos pour visiter le nord.

C’est un moment un peu particulier du voyage, nous nous sentons tellement bien dans ce pays, la vie est paisible, les gens honnêtes et sympathiques. Les enfants sont dorlotés, on leur offre des desserts et les échanges que nous pouvons avoir avec les gens nous font nous sentir à l’aise. C’est un moment particulier, car en arrière fond, le retour se projette avec son lot de questions. D’autres personnes étant déjà parties longtemps m’en avait parlé et l’ayant déjà vécu personnellement, l’idée du retour en Suisse provoquera immanquablement un petit choc culturel, cette anticipation est un peu anxiogène. Il faudra se réadapter aux rues désertes, au froid, à un rythme de vie soutenu, passer de la liberté « je fais le bruit que je veux et les autres peuvent faire pareil » à une logique du « ne pas déranger et ne pas être dérangé ». Ici, régulièrement les gens, lors des repas sortent la sono et la règlent à plein tube. Tout le voisinage en profite et le lendemain, c’est l’un des voisins qui se permet un repas bruyant sans que personne ne réagisse. Toutes les nuits, vers quatre heures du matin, le concerto des coqs me tirent du sommeil, c’est à celui qui aura le plus beau chant, cela va du chanteur d’opéra soliste à celui qui se trouve sur le déclin et qui s’évertue à plusieurs reprises à ne sortir qu’un cri rauque et risible. Puis, les chiens prennent le relai pour faire exploser bruyamment leurs querelles nocturnes. Penser que nous n’avons pas osé prendre des poules en Suisse car les voisins avaient peur des odeurs me semblent à des années lumières de mon quotidien. On n’imagine même pas ce que la présence d’un coq dans notre quartier aurait provoqué, on l’aurait mangé avant qu’il soit en âge de chanter !

Le retour permettra aussi de retrouver la famille et les amis, certains plats qui font saliver rien qu’à leur évocation, mais aussi les soucis inhérents à la vie sédentaire et professionnelle : entretenir la maison, les tâches ménagères, un emploi du temps à respecter, respecter des règles qui n’ont aucun sens ici (comment peut-on attacher des enfants sur un rehausseur lorsqu’on peut voyager ici, sur le pont d’un pick up ou à six sur une moto ?).
La vie sédentaire permettra aussi de retrouver du temps pour soi. Valérie en a déjà précédemment parlé, mais vivre en permanence avec les enfants me laisse peu d’espace et rempli nos journées. Paradoxalement, j’ai moins de temps libre qu’en Suisse alors que je n’ai que du temps libre.
Vivre ces instants en famille sont précieux, il est quasi impossible de prendre conscience des changements qui se sont opérés en moi, en nous ou sur ma famille tant qu’on est en route, c’est surement le retour qui les révélera. Je me rends simplement compte qu’en Suisse, les moments où nous étions les cinq en sortie étaient relativement rares. A bien y réfléchir, je fais connaissance avec mes enfants, leur caractère, leurs peurs, leur humour et symétriquement, ils anticipent nos réactions, nous lancent des piques bien ciblés qui nous font rire et nous remettre en question. Finalement, ce voyage n’est peut-être qu’un prétexte pour passer du temps ensemble.

Ce moment de voyage est aussi particulier, car la façon de vivre des laotiens a quelque chose de fascinant, il y règne une atmosphère sereine et souriante, s’énerver, c’est perdre la face. Ici, on range ses émotions négatives au placard à double tours et pourtant, les gens ne paraissent pas névrosés ! Je n’ai pas l’impression que les laotiens nous envient, envient notre pouvoir d’achat ou notre argent. La plupart semblent se contenter de ce qu’ils ont. Un expatrié ayant récemment ouvert un restaurant nous a fait remarquer que c’était le XIXe siècle ici, lenteurs administratives, règles incompréhensives, superstitions, ralentissent les procédures, tout est compliqué pour un européen. Je me rends aussi compte que la société est très hiérarchisée, il y a un respect des anciens qui est presque total, cela commence dans l’enfance où le petit a un grand respect pour son aîné, mais l’aîné doit protection et prendre soin de son cadet.

Nous sommes venus pour la dernière fois au Laos il y a quatorze ans, j’ai le sentiment que mis à part l’état des routes et les infrastructures qui se sont développées, ce pays n’a pas changé. Il reste mystérieux, il doit bien y avoir une part d’ombre, comment les gens peuvent-ils paraître si épanouis alors qu’ils vivent si simplement ? C’est peut-être ça leur secret.

Christophe

*Salut Sandra.

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