A coco sur mon bidet…

Parcourir une cinquantaine de kilomètres avec nos enfants durant trois jours nous paraissaient très audacieux, surtout avec Jules qui n’était pas, mais alors pas du tout motivé. Nous avions déjà pris des renseignements auprès de la pléthore d’agences se trouvant à Kalow, ville très touristique où le trek jusqu’au lac Inle était devenu une véritable industrie.
Mais que cherchions-nous ? Bien entendu, avoir du plaisir, difficile lorsque nous nous imaginions marcher en devant régulièrement porter Jules et encourager souvent les deux plus grands. Alors l’idée de louer un cheval pour nous accompagner germa.

C’est donc entouré d’un guide, d’un « horsekeeper » et d’un cuisinier, qui ferait le voyage à moto pour nous attendre à chaque étape, que nous avons pris la route.
Quel plaisir ! Opter pour le « trek de luxe » a été une expérience inoubliable.

L’alternance des forêts de bambous et de pins, des paysages ressemblant au sud de la France ou évoquant la savane africaine et des champs de terre rouge ont nourris nos yeux.

Le propriétaire du cheval mérite à lui seul quelques lignes : nous l’avons surnommé : le guerrier masaï. Silencieux lorsqu’il ne chantait pas à tue-tête des mélopées birmanes, il avançait par grandes enjambées imposant un rythme harmonieux à ses tongues et à son longuy, il avait une posture droite et fière. Il ne parlait pas un mot d’anglais et en trois jours, il a dû échanger une cinquantaine de phrases avec ses compatriotes, toujours un sourire en coin dévoilant ses dents rougies  par le bétel, il avait un air énigmatique et fascinant. Il a doublé son quota de mots lorsqu’il a appris à Quentin à compter jusqu’à dix en birman !

Le cuisinier quant à lui, nous a mijoté des plats vraiment délicieux-curries de poissons, de poulet, « guacamol », nouilles, purée de courges, légumes aux cacahouètes ou au citron, quel régal ! Il a même préparé des frites lors d’un apéro, nos enfants occupés à jouer avec ceux du village n’en ont que peu profité. Nous avons mangé toujours à-part, renseignement pris, j’ai eu confirmation que l’étiquette birmane voulait que les invités ne mangent pas avec leurs hôtes.

Notre guide âgé de vingt-et-un an, parlait un anglais correct, pas toujours compréhensif. Il avait une politesse « britanico-birmane », m’appelant « sir » et Valérie « mother ». Elle m’a gentiment fait remarquer que sa courtoisie n’était pas forcément due au fait que j’étais son client mais qu’ici, j’aurai pu être son père ! Ah, le respect de l’âge, en Asie, c’est quelque chose ! Mais ça ne m’a pas rajeuni !

Nos nuits et nos pauses se déroulaient chez l’habitant, chaque intérieur ressemblant aux autres. Une grande pièce à l’étage dans laquelle le mobilier était réduit au strict minimum : une étagère où trônait une statue de bouddha entourée d’offrandes, une table, des nattes pour dormir. Les murs étaient tapissés de photos de temples et de moines ainsi que de portraits de membres de la famille pris lors d’événements marquant : mariage ou fin d’études. Cette pièce était coupée par une cloison pour former une ou deux autres chambres à coucher. La cuisine se limitait à un ou deux pots de terre cuite ouverts sur les côtés, posés à même le sol dans lequel on faisait du feu pour y déposer casserole ou wok. La cabane au fond du jardin faisait office de sanitaire. L’absence d’eau courante était compensée par des bidons remplis à la citerne. Cette simplicité ou ce vide ne nous ont pas sautés aux yeux, on s’habitue au dénuement, ces gens sont pauvres, mais à mesure de côtoyer la pauvreté, je ne la remarque même plus ! M’imaginer dans quelques semaines dans mon salon entouré de toutes mes « richesses » m’effraie un peu !
S’il y a une chose que la plupart des birmans (ou des autres habitants de l’Asie du Sud-Est) possèdent, c’est un téléphone portable. La batterie électrique, chargée par de petits panneaux solaires, se trouvant dans la pièce principale, était systématiquement entourée par quelques-uns de ces appareils en train de charger. Observer un conducteur de char à bœufs pianoter nonchalamment sur son portable tout en donnant des coups de baguettes à son attelage pour le diriger, est assez étonnant !

Après avoir traversé le lac Inle en bateau où les pêcheurs se mettaient à ramer avec leurs jambes à l’approche des bateaux de touristes – est-ce une trace de la dictature ? Des panneaux dans la rue écrits en birmans, demandent aux habitants de sourire aux touristes, que demande-t-on donc aux pêcheurs ? – nous sommes arrivés à Nyaungshwe. Nous avions réservé une chambre dans un hôtel où nous attendaient le reste de nos bagages, quel ne fut pas notre surprise lorsque l’hôtelier refusa de nous louer une chambre triple pour cinq personnes : « triple room is for three people ». Pas du tout souriants, nous avons trouvé un autre hôtel avec une baignoire où l’eau est devenue brune lorsque les enfants y ont été plongés.

Christophe

P.S. La connexion n’étant pas très bonne, les photos suivront un autre jour.

Une réflexion sur “A coco sur mon bidet…

  1. je constate que le trek a bien changé, il y a 3 ans il n’y avait pas ‘d’agence à kalaw juste des guides qui démarchaient dans les guest house et pas de téléphone portable dans les champs ni de wifi ! seul les gens du gouvernement ou travaillant pour avaient ce luxe..Quant au cheval, bonne idée! Mais apparemment c’était bien quand même!
    oui la pauvreté on la sent toujours par rapport à ce nous nous possédons, on pourrait plutôt (mais pas toujours) parler de dénuement par rapport à tout ce qui nous encombre dans notre quotidien et dont on pourrait vraiment ce passer . Bonne continuation à vous 5

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s