Peje

Nous sommes entrés au Kosovo par le Monténégro. La route serpentait pour suivre les flancs montagneux de paysages alpins. Le no man’s land séparant les deux pays s’étendait sur plusieurs kilomètres, un man’s land pour mieux le définir, il était habité par une famille paysanne qui vivait dans des cabanes de bois sans électricité. Au détour d’un virage, le poste frontière kosvovar nous barrait la route. Les nombreuses voitures immatriculées à l’étranger, allemandes et suissesses principalement, transportaient les ressortissants de la diaspora. L’été, la population de ce pays récemment apparu, devait doubler. Les bouchons et les voitures garées anarchiquement le long des trottoirs en témoigneront quelques heures plus tard dans les rues étroites de Peje. Une fois les formalités douanières complétées, le serpent de bitume s’enroulait presque sur lui-même pour nous mener vers la troisième ville du pays. Nous avons vu soudainement la plaine s’étirer à perte de vue, Peje avait conquis toute la partie la plus proche des montagnes boisées.

Une demi-heure plus tard, mes deux yeux, trop peu nombreux pour l’attention demandée, scrutaient la chaussées tout en visitant furtivement les rétroviseurs, partout des voitures surgissaient, les stationnements improbables rétrécissaient dangereusement la taille des ruelles. Conduire ici se rapproche de l’attention demandée pour manœuvrer dans les villes dans lesquelles j’ai conduit en Asie du sud-est.

Nous avons passé la nuit dans le bas des gorges de la Rugova. Les chambres proprettes au départ camouflaient les défauts de construction de notre hôtel en laissant l’eau des sanitaires couler en flot continu. Le sourire sincère et bienveillant des serveurs camouflait la qualité d’un service qui se serait révélé de haut standing si la moitié des plats de la carte n’avaient été absents et ou ceux commandés, oubliés.

Le lendemain matin, assis à la terrasse du restaurant d’un supermarché, nous avons vu la voiture bleue des Berisha arriver. Nous avions rendez-vous avec eux. La famille d’Erzen, un copain d’école de Quentin, notre fils aîné, s’était proposé de nous faire découvrir la région. La chaleur torride faisait fréquenter le mercure avec les quarante degrés . De la région, nous n’en découvrirons guère plus que ce nous avions pu observer le jour précédent. Paralysés et étouffés par l’étuve, nous avons passé l’après-midi à siroter des bières et des minérales à la terrasse ombragée d’un restaurant. C’est une nouvelle facette du Kosovo que nous découvrions. Toute la famille, ou presque, nous attendait dans la cour de la maison familiale. Seuls deux frères exilés en Allemagne manquaient à l’appel du retour estival au pays. Nous avons été accueillis chez eux avec une chaleur humaine émouvante qui grave des souvenirs inoubliables au fond du coeur.

Dans la cour de la ferme, une petite femme souriante, dévoilait sous ses yeux plissés, une bienveillance et une cordialité qui nous a touché immédiatement. Nous ne sentions pas seulement les bienvenus chez cette grand-mère, mais notre présence semblait l’honorer. Les oncles et tantes, les cousins et cousines et les parents d’Erzen nous ont tous accueillis avec la même gratitude. Un peu de malaise devant autant de gentillesse est venu nous questionner. Le papa d’Erzen a perçu notre gêne et a su nous détendre en nous signalant la normalité culturel de cette atmosphère. Nous nous sentions dès lors comme faisant partie de la famille. Pendant que les enfants jouaient à courir après les poules ou à des jeux de société, les adultes échangeaient des propos sur l’histoire du pays, sur la philosophie, la religion ou la langue albanaise. La table ronde et basse nous a permis de partager un repas fait de pain maison, de haricots blancs, de salade de tomates et de concombres et de…, un gâteau composé d’une pâte feuilletée disposée en minces couches et fourée d’épinards à la crème, un régal ! Seul le piment que ma curiosité maladive m’a poussé à goûter a engendré un hoquet gênant qui cherchait désespérément à évacuer les brûlures de ma bouche et de ma gorge !

Nous avons passé la nuit dans cette maison remplie de vie, de sourires et de tendresse. Quel ressourcement ! Saurions-nous préserver ce souvenir intact pour le rendre à d’autres le jour venu ? Dans tous les cas, nous remercions avec une immense gratitude les Berisha pour ces deux jours passés avec eux !

Christophe

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